• SHANGHAI BOLÉRO

Trois fois dix sept minutes de bonheur

Type de presse: 
Régionale
Date de publication: 
12/12/2011

La compagnie du Biterrois Didier Théron s’est déjà produit dans notre théâtre. Connaissant la qualité de ses créations et des danseurs le public était fourni pour « Shanghai Boléro ». On appréhendait un peu l’écoute des trois fois dix sept minutes de cette musique de Ravel aux phrasés bien répétitifs. Mais miracle ou plutôt superbe chorégraphe, rapidement on a été totalement captivé par ce qui se déroulait sur scène.

Une régularité de métronome

Le ballet se compose de trois parties exclusivement et successivement, dans l’ordre, féminin, masculin, mixte.  Avec une régularité de métronome, les danseurs se déplacent en scène, avec des règles qu’eux seuls connaissent. 
De leurs talons hauts, les femmes frappent la scène, déroulant les jambes quasi mécaniquement. Les hommes se balancent inlassablement, pieds légers, occupent l’espace rythmiquement.Les corps se frôlent, se croisent sans se toucher, les yeux dans les visages impassibles, comme absents à eux-mêmes et à la salle, regardant droit devant. Peu à peu, ils se rapprochent, se nouent, s’étreignent sensuellement, les individualités disparaissent, les couples, les groupes naissent, se font, se défont, se figent, repartent. On est fasciné. 
Au dernier tableau, au complet, ils envahissent la scène dans un va et vient déroutant. Puis ils s’arrêtent net, forment des ensembles : Tableau (radeau de la Méduse) monuments civils ou religieux (monuments aux morts, calvaire).

Bravos et applaudissements rompent la tension

Lorsque le rideau tombe, bravos et applaudissements rompent la tension des spectateurs subjugués, épuisés par leur performance physique et leur extrême concentration, les danseurs sourient : le bonheur égalait le nôtre, la musique en avait même un éclat particulier, le Boléro avait rajeuni d’une nouvelle vigueur.

Jacqueline Maurel