• SHANGHAI BOLÉRO

Tout est une question d'énergie Didier Théron inspire le public de Mannheim avec sa pièce de danse

Type de presse: 
Internationale
Date de publication: 
02/12/2019
Création concernée par cet élément de presse: 

Tout est une question d'énergie
Didier Théron inspire le public de Mannheim avec sa pièce de danse


Quand un chorégraphe rencontre le vieux maître de l'avant-garde de la danse contemporaine, Merce Cunningham, et nomme un maître zen japonais comme professeur, alors on peut au moins espérer une écriture artistique originale. Didier Théron dépasse de loin cette attente. Il est rarement donné d’avoir l'expérience d'une telle indépendance dans le langage du mouvement, qui remplit tout l'espace scénique avec des moyens apparemment simples. L'année dernière, le "Shanghai Boléro" de Didier Théron a été l'un des plus grands succès de l'année. Le Français de la ville partenaire de Heidelberg, Montpellier, a été rapidement invité à l'ouverture de la Semaine française avec une autre pièce emblématique : "LJHELM – Le jeune homme et la mort". Cette pièce a été créée en 2014 pour commémorer le début de la Première Guerre mondiale, il y a 100 ans. Avec sa nouvelle pièce "Résurrection", dont la première a eu lieu à l'EinTanzhaus de Mannheim, le chorégraphe en rappelle la fin.

Tomber, se relever, s'écrouler
Pour Didier Théron, les guerres ne sont jamais tout simplement terminées, et cette guerre n'est pas terminée depuis longtemps. Il a vécu dans sa propre famille comment la longue ombre de son arrière-grand-père, tombé en 1915, a traumatisé les générations suivantes. Mais en 2019, la devise est "Résurrection" - non pas d'entre les morts, mais des fantômes du passé. Il y a quatre protagonistes très différents dans des vêtements de tous les jours sans fioritures, deux danseuses et deux danseurs que Théron a chargés de cette tâche : avec des mouvements apparemment simples, il les laisse retrouver leur chemin vers la vie. François Richomme soutient l'espace scénique simple et vide par un tapis sonore d'où jaillit sans cesse le rythme palpitant du battement du cœur. Mais le spectacle commence en silence - comme une pièce de bravoure en danse synchronisée, lorsque les quatre danseurs commencent, comme un commando ne faisant aucun bruit, avec des séquences de mouvements qui rappellent un entraînement commun. Tout au long de la pièce, à quelques petites exceptions près, seuls les mouvements de tous les jours et la sportivité sont au rendez-vous - mais avec une telle puissance de concentration que la scène et la salle retiennent leur souffle. Tomber - se relever : sans cesse les danseurs s'allongent à plat sur le sol, immobiles, sans cesse ils s'éveillent à une nouvelle vie. Théron ne raconte aucune histoire, ne fait aucune allusion historique, ne fournit pas de contenu concret. Ce qui le motive, et les danseurs avec lui, c'est la question de l'énergie. Et parce que Didier Théron n'associe pas l'espérance chrétienne au thème de la "Résurrection", la force pour une vie nouvelle doit venir du peuple lui-même. C'est le principal, bouleversant, message de cette pièce de près d’une heure. L'autre est la confiance inconditionnelle dans le pouvoir de la communauté. Pas une seule fois l'un des danseurs ne fait ses propres choses sans se référer aux autres. Le groupe fonctionne comme un réseau, qui peut également mener des actions indépendantes et prendre la forme d'une règle norme pour tous. Le battement du cœur chante les mouvements, qui ne glissent jamais dans un flux désinvolte : se ressusciter soi-même demande beaucoup de force.

C'est pourquoi Théron est une légende.
Sur la scène de la danse française, Didier Théron est une légende avec plus de trente ans de succès : le premier à installer un centre chorégraphique dans le pays voisin, dans un quartier de Montpellier où la danse contemporaine ne pouvait être plus étrangère. Sa réputation n'a pas encore atteint le public de Mannheim. Les quelques premiers visiteurs de l'EinTanzHaus n'ont cependant pas caché leur enthousiasme.
Isabelle Von Neumann-Cosel