• SHANGHAI BOLÉRO

Setouchi, l’art en l’archipel Triennale Setouchi

Type de presse: 
Nationale
Date de publication: 
28/10/2013
Création concernée par cet élément de presse: 

Déployée dans la mer de Seto au Japon, la triennale de Setouchi associe les œuvres pérennes de la maison Benesse à une centaine d’interventions temporaires dans douze îles et deux ports. Entre les eaux, pèlerinage artistique.

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Expériences du beau

Dispersé dans quelques maisons traditionnelles d’un village de Naoshima, le meilleur du Art House Project – une autre initiative de Benesse – opère une forme de rebond de côté, par rapport à des valeurs bouddhistes notamment, celles que pratique Hiroshi Sugimoto venu occuper et réaffecter un sanctuaire. Quant au Minamidera, de James Turrell, il conduit à éprouver une forme de vide à tâtons, avant d’être conduit à distinguer des niveaux dans l’obscur. Expérience dont les participants sortent titubants. Minamidera renvoie au « beau » selon Tanizaki, qui ne serait « pas une substance en soi, mais rien qu’un dessin d’ombres » (2). Enfin, dans le plus classique Benesse House Museum, Sam Francis, Cy Twombly, un polyptique de Jackson Pollock, ou le fameux 100 Live and Die, de Bruce Nauman, qui clignote devant deux hautes chaises de Robert Wilson, donnent la plus haute intensité à ce moment qui consiste à retarder l’apparition du mot « fin », à se percevoir très précisément entre la vie et la mort.

Ces lieux dédiés au commerce de la transcendance, propres à éprouver la condition de « passant » ont été adoptés par une jet set artistico-internationale – le Benesse House Museum est doublé d’un hôtel de luxe en trois bâtiments et tout le sud de l’île, plages comprises, a été privatisé. Quoique habillés de noir pour la circonstance, les culbutos du chorégraphe Didier Théron, projetés par la triennale dans cet univers archi-chic, suscitaient un certain émoi, dans l’ordre des choses et chez ceux qui sont à son service. Attentifs à ne pas franchir la ligne blanche des œuvres, les danseurs, aussi enveloppés étaient-ils, affirmaient leur dimension charnelle, leur souffle et leur sueur, une forme de dépense ostensible, là où le Japon cache et retient. Ils balayaient le méditatif sous le récréatif, une incongruité aussi justifiée qu’un épisode de kyôgen au cœur d’un nô.

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 Jean-Louis Perrier