• SHANGHAI BOLÉRO

Didier Théron, la danse de guerre

Type de presse: 
Régionale
Date de publication: 
05/02/2015
Création concernée par cet élément de presse: 

14. Tout simplement. Et pas « 14—18 ». C’est le titre qu’a choisi Didier Théron pour sa nouvelle chorégraphie sur la Première Guerre mondiale inspirée de son arrière-grand-père, Emile Théron, tombé au front le 31 mars 1915, à 41 ans.

« Chez moi, on disait 14 », explique le chorégraphe. « 14 : c’était le déclenchement de l’horreur. Le début de ce qui allait devenir un immense drame. Une guerre qui a marqué toute une génération et les suivantes dont la mienne. Cette guerre a fait de nous ce que nous sommes : des rescapés. » Une histoire personnelle autant qu’universelle: « Je me suis interrogé sur cette première génération de soldats qui avait lire et écrire: on va se battre pour le drapeau de la Révolution, de la Liberté. Mon arrière-grand-père est né en 1874, moins de cent ans après la Révolution. » La grande histoire a bouleversé la famille Théron: Emile mort, sa veuve se retrouve seul avec son enfant de 11 ans, le grand-père de Didier, devenu pupille de la Nation. « Ce projet a fait écho à mon travail sur le terrain à la Paillade où il s’agit de défendre des principes simples de la République. » Clin d’œil ou hasard auquel il n’avait pas pensé: l’association qui soutient sa compagnie s’appelle Allons’Enfants…

Autobiographique. « Prendre les corps et les mettre en jeu pour exprimer l’inexprimable ». Pour cette chorégraphie autobiographique, il a imaginé trois tableaux et un prologue dans lequel il s’est impliqué physiquement: le solo d’un soldat qui va mourir et qu’il interprète. « Dans la première partie, intitulée « Le Sacrifice », le corps est en perte d’équilibre: les gens tombent sans arrêt, pris par la guerre. La deuxième partie est un duo: deux généraux, l’un allemand, l’autre français. Je le danse avec Thomas Guggi, un ami allemand. Il fallait qu’on le fasse ensemble. C’est important parce que sa vie aussi a été marquée par cette guerre. » Les deux généraux marchent tranquillement. Ils traversent l’histoire sans être touchés. Ils préparent la prochaine guerre: « Cette scène, ironique, dénonce le mépris pour les soldats considérés comme de la chair à canon. »

Le troisième tableau, « Le Silence », interprété par quatre danseurs, montre une famille effondrée, brisée par la guerre où le silence règne en maître: « On ne parle pas assez de l’Histoire. Il faut commémorer et comprendre comment les choses se développent. Je transforme ce drame en dynamique pour récréer des liens. Je danse ma vie: ce sujet fait partie de mes préoccupations. »

Ghislaine Arba-Laffont