• SHANGHAI BOLÉRO

14 : triptyque de la Grande guerre avec la Cie Théron

Type de presse: 
Régionale
Date de publication: 
10/12/2014

Emile-Jacques-Jean Théron est né à Peux-et-Couffouleux en 1874. Il est mort en 1915 «au Bois le prêtre sur des collines de Meurthe-et-Moselle». Émile Théron est le grand-père de Didier Théron. La vie d'Émile s'est arrêtée pendant la grande guerre, la préférée de Georges Brassens, la guerre de 14-18, la guerre de 14. Quatorze. Tel est le titre de la dernière pièce proposée par le chorégraphe Didier Théron qui sera présenté, ce jeudi à la MJC de Rodez et le lendemain, vendredi, à la salle Yves - Roques à Decazeville. Deux lieux où le chorégraphe montpelliérain est venu travailler en résidence avec sa Cie, en 2014...

C'est un véritable challenge que s'est imposé Didier Théron en partant sur les traces de son grand-père pour arriver jusqu'à aujourd'hui en suivant le fil conducteur de la guerre. La guerre, une réalité improbable pour ceux qui ne l'ont pas vécue, tellement inattendue pour ceux qui y sont confrontés…

" plusieurs générations par ricochet "
Comme l'explique Didier Théron : «Il ne s'agit pas seulement de se souvenir mais de dire d'où nous venons, de dire ce qui fut, ce qui fut enduré, dire le silence. 14, c'est l'Histoire dans les hommes, ce que la guerre a fait aux hommes et femmes de ma lignée, pour parler toujours de cette guerre qui a fait de nous ce que nous sommes. 14, c'est laisser faire la danse, sa force mémorielle à travers le mutisme des gestes, des échappées inattendues qui redonnent vie aux corps.
Pour retrouver la mémoire. On imagine comment des proches ont agi, enduré, résisté, comment ils ont souffert de la mort à la guerre. Les corps en jeu, la mise en espace, les matières physiques parlent mieux que les images d'archives ou les lettres de “poilus” (terme qui n'était pas utilisé dans les familles) comme si cette guerre avait pénétré les corps de plusieurs générations par ricochet semant tristesse et dépression.
Ici les corps “ressuscités” se parlent sans mot dans le silence qui fût de mise jusqu'à nos jours encore - pour taire les désordres et les dérèglements. 14, une performance que seuls les danseurs pouvaient mener pour sauver de l'oubli le monde imaginaire d'une histoire à la fois personnelle et collective.»
Avec 14, la chorégraphie et la mise en scène se déroulent autour de trois axes principaux : la recherche d'éléments qui renvoient à la réalité de la guerre, tels que les hymnes et les drapeaux, la mise en place d'un protocole de recherche autour des corps via la création de contraintes, et le plateau de danse comparée à la guerre vue comme un processus artistique de transformation, puisque «détruire c'est aussi créer».
La compagnie s'est aussi inspirée d'œuvres d'artistes tels qu'Otto Dix, George Grosz ou Thomas Reintmaster.